Une grande aventure...

Da ti Akorara ; mon aventure africaine...

« Da ti Akotara » signifie « La maison des ancêtres ». Toutefois, ce musée situé dans l'enceinte de la maison d'étude de Saint-Laurent a été le fruit de près de trois années de travaux dans des domaines variés. Ces domaines relèvent successivement du travail d'un constructeur en passant par l'étude de programmes architecturaux spécifiques à la création d'espaces culturels ; ils relèvent aussi de la muséographie, de la muséologie, du métier d'écrivain avec la rédaction d'un triptyque et la difficulté rédactionnelle consacrée à une histoire ethnologique ; du métier de l'anthropologie ; mais encore à…

Je vais trop vite. Mon bonheur et la joie ressentis lors de l'inauguration le 7 juin 2012 en présence des autorités me font brûler des étapes, aussi vais-je reprendre depuis le tout début de mon aventure.

Lorsque je posais le pied pour la première fois le 4 mai 2008 sur le sol de la République Centrafricaine, je n'aurais jamais imaginé vivre une expérience aussi passionnante et enrichissante.

Ma première rencontre avec le passé des Gbayas eut lieu alors que je visitais une exposition pratiquement à l'abandon en compagnie du Père Bruno BIAGGI. C'est lui qui m'a fait effleurer ce qui allait devenir un véritable coup de cœur. Dès ma première visite, j'avais été frappé par l'incroyable richesse qui se trouvait sous mes yeux alors que nous nous trouvions dans le sous-sol du Séminaire Séraphique de la Yolé.

Puis, j'ai eu la chance de découvrir les cassettes réalisées par un autre Père capucin, dont les enregistrements me révélèrent des faits absolument étonnants et inédits compilés dans des livrets appelés Tengbi en Sango. C'est en feuilletant ces documents que j'ai acquis la conviction qu'il fallait mettre à l'honneur le passé de ces ethnies, un passé occulté par l'histoire centrafricaine officielle.

Mais l'événement décisif qui m'a amené à imaginer l'exploitation de ces livrets, conjointement à la mise en valeur de ce patrimoine, c'est le brusque décès, en août 2009, du Père BIAGGI et le souvenir de cette première visite guidée avec passion.

J'ai alors réalisé que « la maison des esprits » n'était plus très loin des hommes mis à l'honneur au cours de ces récits : les anciens interviewés par le père Umberto. C'est cette prise de conscience, couplée à la réalité centrafricaine, qui se transformait en une nécessité consistant à restituer les émotions et les savoir-faire de ces Anciens à leur descendance.

Ce constat m'a poussé à proposer à la Vice-Province Capucine détentrice de la collection ainsi qu'à l'Évêque du diocèse, l'exécution de travaux visant à la construction d'un espace culturel. Cette proposition reçut l'accord unanime de toute la Vice-Province et de son ministre, le Père Raffaele MADDALENA, mais également de Monseigneur Armando GIANNI ou encore du Père Umberto VALLARINO, l'auteur des Tengbi originaux qui m'autorisa à exploiter ses livrets. Je les en remercie tous encore chaleureusement.

Cependant, je n'avais pas encore soupçonné et encore moins mesuré l'ampleur des tâches de ce projet à multiples variables…

L'accord obtenu me fit basculer dans une autre dimension temporelle. Je passais de l'imagination née d'un désir profond à la réalité d'une conception de projet et à sa mise en œuvre. Certaines difficultés se firent vite connaître alors que d'autres, plus insidieuses, se firent attendre pendant de longs mois.

Les grands défis ; de la conception à la réalisation

Masque Bamiléké

La première difficulté a été de formuler une ébauche de projet permettant de répondre à des préoccupations parfois contradictoires en apparence. Comment faire concilier la conception européenne de l'art tribal avec la nécessité de retranscrire la fonction véritable de ces objets qui sont des outils nécessaires à la vie des peuples africains ? Comment préparer une exposition contemporaine à partir du passé des tribus locales tout en respectant la réalité du contexte de l'époque, et mieux encore en la comprenant ? Enfin, comment valoriser la tradition orale sans être ni partisan en regard des événements qui se sont déroulés, ni en position de détracteur à l'écoute de ceux-là mêmes qui les subirent ?

À partir de cette réflexion, trois sujets sur lesquels je devrais apporter une réponse se dégageaient. La compréhension des rythmes ethniques, la valorisation et l'explication des éléments des collections, et enfin la reconnaissance d'une autre vérité en dehors de tous les livres officiels de l'histoire de la République Centrafricaine.

Dès lors, les jalons du triptyque « Akotara » étaient posés et me serviraient de fil d'Ariane pour la réussite de ce projet ! Il me fallait en premier lieu apprendre des modes de vie ancestraux perpétués depuis des siècles, et les restituer dans la première partie du livre. C'est ainsi que débuta « Le cœur des hommes » qui répondait à la première question.

Parallèlement, j'engageais le 13 mars 2011 les travaux du bâtiment dédié à l'exposition ainsi que les nouveaux locaux de la radio diocésaine « Siriri ». Après avoir élaboré les plans du bâtiment, je devais organiser les achats, contrôler l'avancement de la construction en passant par la gestion administrative du personnel. Les travaux des 250 m2 de ce pôle culturel prirent 10 mois et se terminèrent en janvier 2012. Les mois suivants devaient me permettre d'installer les collections réparties en 6 thèmes que j'avais dégagés lors de l'élaboration des plans.

Répondre à l'objectif concernant la compréhension des collections est l'objet de la seconde partie du triptyque qui porte le même nom que le musée « Da ti Akotara ». Il s'agit de comprendre l'adéquation entre les coutumes étudiées dans « le cœur des hommes » et l'utilisation des objets usuels permettant de les faire perdurer.

Enfin restait notre troisième sujet de préoccupation ; comment valoriser la tradition orale ! La réponse se trouve concentrée dans la troisième partie d'« AKOTARA ». Cette partie s'appelle « Tengbi ti Abakoro-Zo ». Ce livre est l'histoire des Anciens, qui par la voie de la tradition africaine s'expriment sur les événements qu'ils vécurent, notamment à l'heure de la colonisation. Cette compilation des Tengbi modernisés illustre la façon dont la tradition orale peut contribuer à l'élaboration de l'histoire.

Mon sentiment le plus marquant

L'objet initial de mon second contrat de coopération consistait, entre autres, en la pérennisation des communications, parfois inexistantes, entre les fraternités de la Vice-Province Tchad-RCA. L'objectif qui m'était donné consistait en la mise en place de structures satellitaires pour les deux pays. L'importance que prit le projet du musée, au départ une découverte, est devenue une passion dévorante qui s'est concrétisée par l'écriture de livres et la mise en œuvre d'une collection scénarisée dans un musée.

Deux ans. C'est le temps qui m'était imparti pour réaliser ce projet lors d'un second contrat, et les quelques mois grappillés lors de mon premier mandat m'ont été précieux.

Je sors grandi de cette formidable aventure. C'est un pari gagné sur moi-même et une réserve de confiance pour l'avenir. Je retire de cet aboutissement une grande satisfaction, voire une grande fierté. La satisfaction d'avoir atteint mon objectif premier à savoir, faire prendre conscience de la richesse patrimoniale de l'exposition et restituer ce même capital à leurs vrais propriétaires. La fierté d'avoir su mener à terme ce projet en n'éludant aucune des questions posées, en respectant le cahier des charges et en maîtrisant le budget qui m'avait été alloué. Fierté enfin de voir mes livres édités après avoir écrit le mot FIN.

Mais de façon plus intime, cette fierté ne se résume pas simplement au projet ; elle est le reflet de mon état d'esprit. Je me souviens avoir quitté la France en mai 2008 avec, chevillé au corps, la certitude d'un mal-être et d'une fuite. Le résultat de cette transition africaine est surtout la reconnaissance du pouvoir de restructuration de chaque homme sur lui-même et la certitude qu'aucune fatalité n'est durable si l'on sait reconnaître ses erreurs. Si Dieu laisse l'homme libre de ses choix, il guide tout de même leur destin pour qui sait entendre son cœur.

Ma plus grande leçon

Un engagement assidu auprès de ces Africains approchés avec empathie, et la découverte de leurs histoires ont été pour moi à la fois un épanouissement et une leçon. En effet, j'ai compris au fil des mois de travail que si le développement et la coopération ne sont pas une leçon d'altruisme en soi, le bonheur ressenti à travers un tel projet et la générosité sont une nécessité à mon développement personnel et à mon épanouissement.

Audit de l'imprimerie Saint-Paul

Sur les recommandations d'organismes de l'Église de France, j'ai été mandaté par Monseigneur Armando GIANNI et Monseigneur Nzapalainga DIEUDONNÉ pour auditer des activités au cœur de l'Archidiocèse de Bangui.

Ce travail d'audit a été le fondement qui a permis le redémarrage de l'imprimerie Saint-Paul. En effet, avant que l'Église de France par l'intermédiaire des Spiritains n'engage une politique qui restait d'ailleurs à définir, il fallait dégager une vision claire, objective et indépendante de la situation de l'imprimerie.

Après avoir réalisé l'historique de l'imprimerie, j'ai dégagé à travers l'analyse financière pour la période de 2004 à 2009, les facteurs à la fois exogènes et endogènes qui ont conduit l'entreprise dans une difficulté telle que sa survie était à l'ordre du jour. J'ai également analysé les postes importants comme le matériel de production ou le personnel. L'ensemble de ces éléments m'a permis d'établir un reflet fidèle de la situation et d'émettre une série de recommandations qui ont été suivies par des plans d'action.

Mes travaux ont été salués par l'Église de France dans un article paru en date du 12 août 2010 de la plume du Père Lucien HEITZ, spiritain.

Aujourd'hui, une équipe complète travaille à la reprise des activités avec succès, ce dont nous nous félicitons tous.

© 2017 · Alain DEGRAS· Emailenvoyer un courriel