La République Centrafricaine

En 2014, le drame se poursuit !

Mes chers amis, voici les dernières nouvelles des affrontements dans le nord du pays que nous aimons. Le jour même où un appel au calme est lancé par Catherine SAMBA-PANZA, présidente par intérim, qui a appelé les diverses milices à déposer les armes et appelée tous les siens à retrouver la raison, je reçois des informations des plus inquiétantes. Ci-dessous, le mail de l'Abbé Mirek.

Bonjour à tous.

La situation ne s'améliore pas. La présence de séléka, des antibalakas et des bandes armées en ville, même s'ils ne s'affrontent pas directement, empêchent les gens de retourner chez eux. En allant aujourd'hui (le dimanche) à Saint-Élie et en revenant à la Cathédrale nous avons rencontré un seul être vivant; un petit chien. Bouar est devenu la ville fantôme.

Union de prière
Mirek

L'Abbé Mirek nous invite à suivre une semaine avec lui à Bouar.

La troisième semaine de cette nouvelle année a été la plus dure et la plus tragique dans l'histoire de la ville de Bouar.

Au début de cette semaine, le 13 janvier, les antibalakas ont tué deux musulmans : un dans le quartier Haoussa (vers 1h50 du matin) et l'autre sur la route de Bohong (15 km de Bouar). Pour quelles raisons, nous les ignorons pour instant. Deux jours plus tard, le mercredi, les militaires ex-séléka ont tiré sur un habitant du village Yongoro (40 km de Bouar) toujours sur la route de Bohong. Les antibalakas n'ont pas lâché. Le jour suivant (le jeudi), ils ont mitraillé le camion qui transportait les familles musulmanes de Bohong vers Bouar. Probablement les militaires séléka présents sur ce camion, habillés en civil ont ouvert le feu les premiers. En tout cas le bilan est lourd : plus de 10 personnes tuées et même nombre des personnes blessées. Entre eux, les femmes et les enfants. Cet accrochage a empêché la réunion des antibalakas avec séléka en présence du préfet, de la plate forme religieuse et des autres fonctionnaires prévues pour le jeudi 16 janvier.

Le vendredi 17 à midi les antibalakas ont attaqué le camp militaire occupé par les ex-séléka. L'échange de tirs (d'arme lourde) s'est prolongé jusqu'à 15 h. Les antibalakas ont été repoussés. Nous ignorons pour instant le nombre de victimes. Après les ex-séléka ont commencé à brûler des maisons dans les quartiers proches du camp militaire. Nous ignorons pour instant les dégâts causés par ces « militaires ». Les habitants des Bouar et de Wantiguera ont trouvé leur refuge dans les bâtiments paroissiaux ou aux séminaires. À la cathédrale, ils sont plus de 3 mille, à Saint-Laurent plus de 2 mille, à Wantiguera plus de 400 personnes. Ils se regroupent aussi dans les églises protestantes et la mosquée. Le nombre ne nous a pas été communiqué. Il n'y a plus de réseau téléphonique. Qui a le Thuraya peut rester en liaison avec les autres.

Hier aussi nous avons constaté la présence dans les quartiers des hommes (surtout les jeunes) armés (machettes, flèches, arc et armes à feu) musulmans et non musulmans qui se cherchent et qui cherchent les chrétiens et les musulmans. Une famille logée au centre paroissial a été attaquée par ses voisins non musulmans. Suite à cette attaque, le père a été blessé ainsi que les autres membres. « Ce sont nos voisins avec qui nous avons fréquenté la même école, nous avons joué ensemble et grandis dans le même quartier » disent les jeunes filles de cette famille.

Les deux groupes des jeunes se disent de la religion chrétienne et musulmane. En réalité, ce sont les gens « sans religion ». Les consignes bibliques en matière sont claires : « Tu ne tueras pas » Ex 20,13 ; « Mais je vous le dis, à vous qui m'écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous diffament… » Lc 6,27-28 ; « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois le vainqueur du mal en faisant le bien » Rm 12,21.

Le dernier jour de la semaine, le samedi, nous avons commencé avec la nouvelle concernant une autre attaque des antibalakas qui se prépare ou qui a déjà commencé (selon les habitants proches de l'aérodrome de Wantiguera (6 km de Bouar). Pour tout prix, ils veulent chasser les militaires séléka du camp.

Avec tous nos moyens disponibles, nous avons pu informer de tout ce qui se passe à Bouar, le représentant de l'Armée Française (l'Opération Sangaris en RCA), l'ONU. La MISCA est à Bouar depuis octobre dernier, ils sont présents aussi dans les cites où les gens sont regroupés, mais leur nombre est insuffisant pur répondre aux besoins d'aujourd'hui. Nous comptons donc sur l'intervention rapide de l'Armée Française et de l'ONU, sans ça les hommes armés vont toujours semer le désordre en augmentant le nombre des morts et des blessés. Le génocide n'est pas exclu, malgré tous les efforts faits par les leaders de chaque communauté. Pour éviter le carnage, la réaction militaire est indispensable. La responsabilité est lourde.

La prière peut contribuer beaucoup à ce changement. Mirek.

Je reçois également un autre message de notre Frère Vice-Provincial de Saint-Laurent que je veux également transmettre.

Chers frères,

Au moment où je vous écris, notre mission de Bocaranga est dans la main des Séléka qui ont quitté Bouar hier soir pour se rendre vers le Tchad.

Ça tire de tout côté à l'arme lourde.

Des nouvelles que nous avons pu avoir du P. Cipriano, c'est qu'ils ont tiré, tiré et tiré comme des fous. Il y a des trous dans le mur du couvent. Ils ont emporté tous les véhicules et des pères et des sœurs, argents, ordinateurs, téléphones, appareils photo... tout ce qu'ils voient.

C'est terrible. Une femme réfugiée chez nous est morte, le frère Nestor est blessé au bras. Il vient de m'écrire que la colonne de ces assassins se dirige vers Ndim et Ngaoundaye. Nous avons prévenu les frères de prendre leur précaution !

...

En ce moment, les Seleka de Ngaoundaye sont en train de tirer. Je vous tiendrai informé de la suite des événements.

Union de prière.
Frère Serge


Mes chers amis, dans ce message où l'on sent l'incompréhension et le désespoir de voir nos frères servir de cible, je veux m'associer au Père Serge dans ses prières afin que tous retrouvent un peu de lucidité et de fraternité.

le 21 janvier 2014. Alain.

En 2013, un drame se joue sous nos yeux !

En Centrafrique, la Séléka continue de tuer. Sept corps ont été repêchés sur le fleuve Oubangui, portant des traces de torture. Les victimes avaient été enlevées le week-end dernier par des éléments de la Séléka. L'affaire suscite l'indignation à Bangui.
Les victimes faisaient partie d'un groupe d'une trentaine de personnes, enlevées en plein jour alors qu'elles se rendaient en transport en commun dans la ville de M'baiki, à une centaine de kilomètres au sud de Bangui. Depuis le début de la semaine, sept corps ont déjà été repêchés sur le fleuve Oubangui, attachés mains dans le dos, langues arrachées, yeux crevés. Un article d'AFRIQUENEWS le 21 juillet 2013.

© 2017 · Alain DEGRAS· Emailenvoyer un courriel